Mode féminine, tendances made in Italie

Court-vêtue et haut perchée, telle est la mode de l’été 2010 vue à travers le prisme du Salon de la haute couture italienne, Alta Roma, tenu à Rome en janvier. Eclairage

La haute couture fait rêver tout le monde, mais dans la réalité, bien rares sont celles qui peuvent s’offrir le luxe d’un vêtement unique, signé de la griffe prestigieuse d’un grand créateur. Alors pourquoi accorder tant d’intérêt à l’inaccessible ?

A condition de savoir décrypter ces fameuses tendances qui donnent de l’étoffe aux rêves, chacune peut s’en inspirer intelligemment dans le choix de sa robe de mariée, d’une toilette de soirée ou encore donner une touche de neuf à sa garde-robe d’été. Il suffit de fouiner sur internet…

Un concentré de tendances présenté au Salon de la haute couture de Rome

En ayant le bon goût de réunir à Rome la fine fleur de la haute couture italienne et orientale, Alta Roma 2010 a brillé de toutes les étoiles au firmament de la mode : Balestra, Sarli, Maddalena Letta, Donna Assunta Almirante, Maria Teresa Scaiola, Carla Fracci…

Quelle impression faut-il retenir d’un tel bouquet d’influences en provenance de l’Italie du Nord avec la styliste milanaise Raffaella Curiel, de la Sicile avec Marella Ferrara, de la Sardaigne avec Silvio Betterelli et son directeur artistique Gina Broke, image maker de Madonna, ou encore de l’orient avec le couturier syrien Rami Al Ali, le libanais Abed Mahfouz ?

  • Des talons vertigineux : la crise tend à rendre l’élu de votre coeur trop terre-à-terre ? Rien ne vous empêche de le prendre de haut pour le convaincre de vous demander en mariage. De toute façon, l’homme à horreur de la demi-mesure… Si vous aviez l’impression de défier les lois de la gravité sur des sandales à plateau et talon de 12 cm, vous n’avez encore rien vu ! Désormais les chaussures, mules et sandales seront « very high » avec des talons de 15 cm.

  • Tout sera mini : si l’économie mondiale se porte mal, vous n’y êtes pour rien. Comprendre son homme, c’est prendre un minimum de formes en réduisant les dépenses somptuaires au strict mini ! Finies les longueurs au genou et place au « baby dress », aux tenues très courtes qui mettent en valeur les jambes. Même le long s’offre en double vision : mini devant et traîne derrière.

  • Epaules complètement dénudées : pour le voir accoster à votre épaule après une nuit d’orage électronique en discothèque ou un coup de foudre magnétique sous la Grande Ourse, prenez soin d’avoir à votre disposition une débauche de tops sans épaulettes et de corsages plissés à la taille qui mettent en évidence décolleté et épaules nues.

  • Fleurs et papillons : vous n’avez pas envie de plaisanter sur l’environnement, mais plutôt de le butiner en vous métamorphosant en bucolique papillon ? Rassurez-vous, ce seront les motifs prédominants dans de nombreuses collections de prêt-à-porter. Grandes fleurs d’étoffe sur les bretelles ou appliquées sur les robes d’organza et papillons peints sur soie.

  • Couleurs pâles et pastel : c’est prouvé, le cerveau de la femme est plus sensible aux variations de couleurs que celui des hommes. Une bonne raison pour inculquer à celui qui vous plaît le sens des nuances ! Cette année, rose, orangé, azur, vert pâle, mais aussi noir ou blanc intégral, sans oublier l’or, l’argent et les paillettes.

  • Transparences : l’avenir paraît de plus en plus trouble ? Qu’à cela ne tienne, les matières se transforment en calques évanescents capables de vous projeter dans le présent, libérer vos formes et estomper les rondeurs de l’hiver. Place aux tulles, voiles et chiffons impalpables avec des robes à l’effet méduse et des minitops brodés aux effets « je vois tout-je ne vois rien ».

  • Bijoux bling-bling : ne pas être femme de président ou de PDG comporte finalement bien des avantages ! Comme celui de porter les bijoux les plus tapageurs et clinquants, créés dans des matières innovantes ou ethniques, semi-précieux et en pierres dures. Personne ne vous reprochera de gaspiller les fonds publics !

Se fier à son goût pour s’approprier les tendances

Qu’importe après tout si la mode s’apparente seulement, pour certaines, au fait de porter des marques et si les marques censées dicter la mode sont un luxe réservé aux plus fortunées : à celles qui ne connaissent la crise que dans les pages des magazines feuilletées distraitement dans leur salon d’esthétique et qui peuvent s’autoriser toutes les crises de nerf devant leur miroir.

Pour toutes les autres, quand le pouvoir d’achat fait grise mine, le vrai luxe est dans l’appropriation des tendances de la saison ! Il peut se parer de simplicité, parfois de contrefaçons, toujours d’audace mais jamais d’hésitation. A condition naturellement de rechercher l’accord ultime entre sa personnalité et l’air du temps et d’être à l’écoute de sa propre inspiration.

Mannequin défilant avec une burqa

La burqa inspire le styliste de mode Erkan Çoruh

Très lié à la tradition mais porté sur la modernité, tel apparaît le prêt-à-porter de luxe en Turquie. Sous les doigts de son jeune créateur le plus en vue, la burqa devient terriblement tendance…

Il a 34 ans et vit sur le détroit du Bosphore à Istanbul. Erkan Çoruh est le vainqueur de l’ultime édition de Who’s on next, concours de jeunes stylistes de mode organisé par Alta Roma et le magazine Vogue Italia.

Primé meilleur styliste de l’année 2010, il s’est fait remarquer par son goût de l’éclectisme et de la contamination en mêlant les classiques de la haute couture avec des éléments radicaux de sa propre culture. Il se plait notamment à revisiter la burqa ou le turban pour les transformer de façon surprenante en t-shirt ou ornement de tailleurs.

La burqa récupérée par un créateur de mode

Alors qu’un vent d’interdiction du voile intégral souffle en Occident, n’allez pas chercher dans les dernières créations vestimentaires d’Erkan un quelconque goût pour la provocation gratuite. L’habit ne fait pas le moine, la burqa ne fait pas non plus l’intégriste, encore moins la femme victime ! Il faut y voir seulement, selon le créateur, une façon d’unir la haute couture et la tradition musulmane sous un voile d’ironie.

Sa dernière collection qui sera lancée officiellement en septembre 2010 à Milan s’intitule Radical Beauty, en hommage à la plasticienne iranienne Shirin Neshat pour son long métrage « Femmes sans hommes ». Un film où les femmes musulmanes ne sont jamais représentées comme des « victimes », cliché occidental, mais comme des femmes « fortes, dignes, courageuses et mobiles … qu’aucune contrainte ne réussit à intimider ou à réduire au silence ».

L’art de conjuguer éthique et étiquette

L’approche d’Erkan n’aurait pas déplu à Roland Barthes qui déclarait à propos de la mode :

“ C’est une combinatoire, qui a une réserve finie d’éléments et des règles de transformation. L’ensemble des traits de mode est puisé chaque année dans un ensemble de traits qui a ses contraintes et ses règles, comme la grammaire. Ce sont des règles purement formelles. Par exemple, il y a des associations d’éléments de vêtements qui sont permises, d’autres qui sont interdites. »

Il poursuivait : « D’autre part il y a une autre vision de la mode qui consiste à renoncer à ce système d’équivalence et à édifier une fonction proprement abstraite ou poétique. C’est une mode oisive, luxueuse, mais qui a le mérite de se déclarer comme une forme pure…Un exercice métaphysique sur le thème mallarméen du rien, du bibelot, de l’inanité. C’est un vide qui n’est pas absurde, un vide qui est construit comme un sens.”

C’est bien à cette autre vision de la mode que font référence les robes de Erkan Çoruh. Parce qu’elles tissent du sens, juste sur le fil de l’Europe, à la frontière exacte de l’Orient et de l’Occident.