Dieu s'enfuit avec une Kalachnikov en bandoulière

Laïcité : l’anniversaire oublié de la Loi de 1905

La laïcité, à ne pas confondre avec laïcisme, est l’affirmation du cadre laïque de la République. Ce premier sens fondateur s’est diffusé en réaction au pouvoir de l’Église sur les institutions publiques, comme l’école. À part quelques intégristes réactionnaires ou chasseurs de votes opportunistes, il ne viendrait à l’esprit de personne de remettre en question l’un des piliers de notre République.

Laïcité comme LIBERTÉ de cultes et de cultures

Pourtant, aujourd’hui 9 décembre 2015, 110 ans jour pour jour après la loi sur la séparation de l’Église et de l’État de 1905, le sens du mot laïcité qui semble le plus controversé depuis les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan, c’est celui de respect de la liberté des cultes. Bien plus encore que la liberté de ne pas croire en dieu, le droit de ne pratiquer aucune religion et de se revendiquer athée, bref, de se moquer de « Dieu, du Diable et de la Sainte Table. »

Cette définition de la laïcité qui touche directement à notre liberté d’expression a besoin d’être clarifiée et mise à jour, en tenant compte des transformations de la société française depuis la décolonisation. Si le caractère laïc de notre République sort renforcé des attentats perpétrés au nom d’un dieu soi-disant unique, c’est le second sens de la laïcité qui lui, est mis en discussion. Non le principe, mais son application dans les faits.

Les français non catholiques sont considérés comme des minorités religieuses, reléguées à un communautarisme forcé, sans possibilité d’expression objective de leurs différences et de prise en compte de leur culture. Aucune place sérieuse ne leur est faite dans la société. L’ignorer serait régresser, pour un gouvernement socialiste qui n’a pas hésité à s’engager, dès l’élection de François Hollande, dans la voie de la désacralisation en instaurant le mariage pour tous. L’identité française héritée de « nos ancêtres les gaulois »… gaulois de Gaulle mais aussi d’Algérie, d’Afrique, d’Asie, d’Amérique… serait-elle imperméable à l’histoire ?

Laïcité comme ÉGALITÉ des femmes

C’est le décalage entre ce que dit la loi sur la laïcité et son interprétation dans la réalité depuis plusieurs générations qui pose problème aujourd’hui dans notre pays. Pourtant, curieusement, le cheval de bataille de l’État pour vaincre les communautarismes n’est pas l’égalité dans la liberté des cultes, sujet trop sensible dans le pays tenaillé entre ses deux Charles, Martel arrêtant les arabes à Poitiers en 732, et De Gaulle « donnant » l’Indépendance à l’Algérie en 1962.

Jusqu’à l’ascension de Daech, c’est sur la femme musulmane que reposaient tous les espoirs des socialistes, héritiers de la transformation laïque de la société, fécondée lors de la Révolution Française, violentée lors de la Commune de Paris en 1871 et arrivée douloureusement à terme en 1905 avec les lois de la laïcité. La Femme avec un grand F comme Française.

femme portant une burka tricolore

Loi sur la burka

L’égalité des deux sexes pour museler les musulmans et les plier à l’intégration. C’est ce que pensait Daniel Vaillant, Député de Paris et maire du 18ème -la mairie emblématique de Clémenceau- jusqu’en 2014, et qui rêvait de faire sauter le Sacré-Cœur pour marquer le centenaire de la laïcité en 2005 !

Mais la stigmatisation de toute une partie de la population depuis trois générations, le racisme rampant attisé par le FN et la loi contre le port du voile ont fait voler en éclat la stratégie de pénétration laïque de la communauté musulmane. Heureusement, celle-ci n’a pas attendu qu’on se pose le problème de son intégration pour faire sa place et transformer la société française en profondeur, au risque de chatouiller les racines de certains.

Laïcité comme FRATERNITÉ chrétienne

Dans notre pays qui a pour devise Liberté et Égalité mais aussi Fraternité, la République ne reconnaît aucun culte pour n’en favoriser aucun. En principe, ils ne peuvent pas recevoir de subventions publiques et doivent faire appel à des financements privés. En réalité, les cultes profitent également d’aides indirectes de la collectivité. L’Église catholique se trouve en position avantageuse. Rappelons que les églises sont devenues propriétés de l’État à la Révolution et qu’elles sont prêtées gracieusement à l’Église, constituée en associations. D’où la proposition de partager équitablement le patrimoine religieux, faite en juillet dernier par le Recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui n’a pas manqué de faire grincer les dents. Une solution qui éviterait d’avoir des mosquées dans des caves de banlieues, des temples bouddhistes dans les cuisines de HLM et des églises vides partout en France ?

Après tout, on peut imaginer une Église moderne, ouverte et œcuménique, qui, consciente de son rôle de fraternisation partagerait ses lieux de cultes avec d’autres religions. Tous les dieux sous le même toit en quelque sorte ! Théoriquement, la République est libre à tout moment de décréter l’état d’urgence laïc et de reprendre ses églises pour les transformer en lieux de pratiques multi-religieuses. A moins qu’il ne soit plus approprié de créer des sortes de MJC & R, « Maisons de Jésus-Christ et des Religions » ouvertes à tous…

De même qu’il est important d’avoir une histoire laïque et objective des religions à l’école, puisqu’en France, il ne peut y avoir de vérité supérieure à celle de la République. Remplacer les mythes par l’histoire et les cultes par la culture permet de porter sur sa propre religion et sur celle de l’autre un regard critique. Une double lecture de la colonisation de l’Algérie par exemple, décolonisation pour les uns, indépendance pour les autres, forcerait à l’acceptation commune de vivre ensemble. Sans éducation à la tolérance, le mot fraternité apparaît aussi « angélique » que vouloir pacifier les couplets de la Marseillaise pour en faire un chant de paix !

Il est urgent de rappeler aux iconoclastes de Charlie hebdo qu’en provoquant la colère des intégristes musulmans, ils n’ont fait que favoriser la guerre et les ventes d’armes de la France au Moyen-Orient, à leur corps défendant. Et aux intégristes de Daech que croire ou ne pas croire en tel ou tel dieu, c’est un autre débat au pays des Lumières. Que depuis 110 ans, la France ne reconnait aucune religion et ne doit en favoriser aucune. Que si la République existe, tout n’est pas permis… y compris à l’État qui, en se faisant le défenseur absolu de toute liberté d’expression (même la plus contestable) au nom des victimes, sait pertinemment qu’il condamne la communauté musulmane à l’amalgame et franchit la limite de neutralité due à son rôle de gardien laïc de la société . Comment ne pas voir une occasion désespérée de récupérer des votes du Front National, en demandant aux français de pavoiser avec des drapeaux tricolores aux fenêtres ?

Un facho défile au pas de l'oie en brandissant le bonnet phrygien

Couverture du livre de Patrick Kessel « Ils ont volé la Laïcité !

Nous n’en serions peut-être pas là si François Hollande avait placé le début de son mandat sous le signe de la laïcité, plutôt que du mariage pour tous. Rappeler que la laïcité nous concerne tous et qu’elle n’est pas négociable. C’est le travail de l’école et des institutions mais aussi des prêtres et des imams. Avant même de savoir à quelle version d’Évangile, à quelle interprétation du Coran ou à quel saint se vouer. Après tout, cela ne regarde que nous… et les services du Renseignement !

Photo : couverture du numéro anniversaire de Charlie-Hebdo 1 an après l’attaque du journal par des terroristes intégristes


Livre n'ayons pas peur d'être gentils

On Kindness : le livre qui faire l’éloge de la gentillesse

Suffit-il d’être inscrit sur les réseaux sociaux pour être social ou encore mieux, sociable ? Etre amis sur Facebook a-t-il changé à ce point notre définition de l’amitié que nous acceptons de la donner à de parfaits inconnus ? A moins que les mots ne veulent plus rien dire…

Rien  de tel qu’un bon livre pour faire le point sur le décalage que nous vivons actuellement, entre un monde dominé par l’éruption des réseaux sociaux et communautés en tous genre, et une société qui nous rend de plus en plus individualiste et de moins en moins sociable. Notre identité serait menacée d’extinction par notre incapacité à faire preuve d’altérité… et de gentillesse ! L’argument est tellement original que je ne résiste pas à l’envie de vous livrer un passage choisi du livre ON KINDNESS paru en 2009, écrit à deux mains par le psychanalyste Adam Phillips et l’historienne Barbara Taylor. Comme il a été publié en italien sur le journal Repubblica, j’en ai fait une adaptation en français.

« ELOGE DE LA GENTILLESSE »

Adam PHILLIPS – Barbara TAYLOR – ON KINDNESS – Edition Ponte alle Grazie, 112 pages – Traduction italienne de Marcello Monaldi

Paru en français en 2010 sous le titre : N’AYONS PAS HONTE D’ETRE GENTILS – Edition Désir Payot – Traduction française Jean-Luc Fidel

Brève histoire d’une valeur en désuétude

« Un indicateur de la santé mentale » écrivait Winnicott en 1970, « c’est la capacité d’un individu d’entrer mentalement et de façon attentive dans les pensées, les sentiments, les espérances et les peurs d’une autre personne. Mais aussi de concéder à une autre personne de faire la même chose avec lui-même« .

Vivre bien, c’est s’identifier avec les autres à travers l’imagination

Pour vivre bien, nous devons réussir à nous identifier avec les autres à travers l’imagination et leur permettre de s’identifier à nous. Cela passe par une empathie et une gentillesse réciproques. L’égoïsme implique au contraire un manque d’imagination tellement aigu qu’il représente une menace, non pas tant pour notre bonheur que pour notre santé mentale. Prendre soin des autres, comme soutenait Rousseau, c’est ce qui nous rend pleinement humain. Nous dépendons les uns des autres pas seulement pour notre survie, mais aussi pour la survie de notre être profond et authentique. Le soi, privé de la forme d’attachement de la sympathie, n’est que fiction ou folie.

La dépendance des autres renforce la confiance en soi

La société moderne occidentale fait résistance face à cette vérité fondamentale en plaçant l’indépendance au-dessus de tout. Avoir besoin des autres est perçu comme une faiblesse. La dépendance est concédée seulement aux enfants, aux malades et aux personnes âgées : pour tous les autres, les vertus cardinales sont l’autosuffisance et l’autonomie.

La dépendance est aussi dévaluée dans les rapports intimes, comme si elle était incompatible avec la confiance en soi, quand en fait c’est l’unique chose qui rend la confiance en soi possible. Pour l’amant ou l’époux idéal, donner et prendre de l’amour sont devenus seulement des options parmi lesquelles il est possible de choisir avec une grande désinvolture ; avoir besoin des autres, même dans un scénario de désir et de demande aussi forts que celui du couple, devient quelque chose à bannir.

Peut-on être individualiste et social à la fois ?

Pourtant, nous sommes tous des créatures dépendantes jusqu’à la moelle. Et c’est un fait qui se retrouve depuis toujours dans une grande partie de l’histoire occidentale. Même les stoïques, qui étaient les porte-drapeaux de la confiance en soi-même, admettaient dans l’homme le besoin inné des autres, comme porteurs et destinataires de gentillesse. L’individualisme est un phénomène très récent. L’illuminisme qui est généralement pointé du doigt comme l’origine de l’individualisme occidental, faisait malgré tout la promotion des « affections sociales » contre les « intérêts privés »(…)

La société compétitive demande le sacrifice de notre générosité

Une société compétitive qui divise les personnes en vainqueurs et perdants produit des comportements égoïstes. Les êtres humains sont des créatures ambivalentes. La générosité nous vient spontanément, mais la créativité et l’agressivité aussi. Qui est soumis à une pression incessante se détache des autres. Comme l’enfant qui a subit des actes de violence devient à son tour violent, les individus qui ont été réprimés par l’histoire de leur vie deviennent à leur tour des oppresseurs. Le pacte de sympathie avec les autres qui se fonde sur l’ouverture de notre cœur commence à être en péril. La paranoïa prospère quand les individus cherchent des boucs émissaires de leur malheur. Aller à la recherche de boucs émissaires c’est se duper soi-même, parce que cela comporte le sacrifice de notre générosité. Mais c’est le prix que beaucoup payent quand les obligations de la tribu, qui se manifestent parfois sous forme perverses, prennent la place de liens communautaires plus larges. La culture de la « dureté » et du cynisme se développe, alimentée d’une ample admiration pour ceux qui semblent triompher – les riches, les célèbres, la caste des temps modernes – dans un environnement où mors tua vita mea (ta mort est ma vie).

La famille, ultime refuge de la gentillesse

Néanmoins, certaines formes de la gentillesse semblent survivre. Spécialement dans le rôle des parents qui est aujourd’hui considéré quasiment par tous comme une île de tendresse dans un océan de cruauté. Mais la célébration assidue de la tendresse familiale peut créer beaucoup de confusion. Pour celle ou celui qui a besoin d’être déterminé et entreprenant sur son lieu de travail, il y a le risque qu’il désactive ces types de comportements en privé.

Les femmes divisées entre course au pouvoir et sacrifice de soi

Si le choix est difficile pour les hommes, il l’est encore plus pour les femmes qui se trouvent devant des problèmes encore plus aigus, spécialement pour celles qui après avoir abandonné la vieille idéologie du sacrifice féminin et s’être converties au typique jeu de coudes du monde du travail, se retrouvent ensuite à s’occuper des enfants à temps plein. La ritournelle des commentaires angoissés des néo-mamans que nous lisons dans la presse donne la mesure d’un saut déconcertant. Les femmes ayant grandi dans la culture du « moi d’abord » découvrent à l’improviste les plaisirs mais aussi les souffrances de mettre les autres au premier plan. Cette confusion féminine se reflète dans le reste de la société, vu que les femmes trouvent souvent des emplois dans les « caring professions » (professions à vocation sociale), dans lesquelles, à la différence des managers guidés par l’obsession du budget, elles n’hésitent pas à dispenser de la solidarité en échange de maigres compensations et de rares reconnaissances. Dans le passé, l’association entre les femmes et la gentillesse était source d’un certain prestige, aujourd’hui au contraire, c’est le signe d’une perte de pouvoir. Quand bien même la gentillesse peut déclencher l’admiration, elle reste finalement un comportement réservé aux naïfs.

L’Astrologie : un rite social qui en dit long sur notre époque

Pourquoi confions-nous les questions qui nous taraudent le plus à des constellations improbables et pourquoi la lecture de l’horoscope fait-elle du bien ?

Astrologie : beaucoup ne voient dans ce mot que le A majuscule en forme de chapeau pointu de Nostradamus. En d’autres termes, une pratique fumeuse, exercée par des charlatans et destinée aux faibles d’esprits. Pourtant, tout le monde lorgne un jour par curiosité sur son horoscope et nombreux sont les gens « sérieux » qui n’hésitent pas à approfondir l’étude de leur thème astral.

Pourquoi, en 2014, avons-nous encore recours à un rite aussi irrationnel, méprisé par la science officielle ? Pour satisfaire notre quête de vérité ? Ou tout simplement parce que l’astrologie se situe entre passé mythologique incertain et futur imprévisible et qu’elle a l’art d’en dire plus long sur notre présent ?

En dehors de ses prédictions toutes relatives, les principaux reproches faits à l’astrologie sont le manque de fondement scientifique ainsi que sa propension à toucher les esprits les plus influençables, dépendants, anxieux, conformistes, incultes, narcissiques ou résignés. Ce à quoi ses fervents défenseurs répondent qu’il existe une astrologie sérieuse et une autre non, en faisant référence aux trois lignes laconiques des horoscopes des quotidiens ou des magazines.

Horoscope de journal ou thème astral, un spiritisme de bon sens

La lecture de l’horoscope du jour est soigneusement codée. Elle n’évoque ni fantômes, ni forces mystérieuses agissant à notre insu. Elle nous parle à travers des planètes. Même si les conseils donnés au nom de ces planètes pourraient très bien être délivrés sans elles…

Le format des horoscopes de quotidien s’apparente plutôt à une astrologie en 365 épisodes. Le message général qui domine est souvent du type : « Des problèmes au début, mais à la fin tout s’arrange ». Autrement dit : « suite au prochain épisode, accessoirement pour vérifier si ce qui est advenu entre temps était écrit, mais plus sûrement pour savoir ce que vos planètes vous réservent pour la suite ».

Même s’il prend des formes qui confinent parfois à la stupidité, telles que : » Verseau, ne vous agitez pas précipitamment », ce qui est demandé à un horoscope ou à un thème astral n’est pas tant le script de notre vie, mais de remplir une fonction socialisante qui se résout par l’invariable question : »De quel signe êtes-vous ? » La mythologie au sens caché, toujours suggéré mais jamais révélé, offre une clef de lecture du quotidien dont la première vertu est de nous faire sentir notre appartenance à la communauté.

Rédacteur de talent ou astrologue de renom, un correspondant fidèle de l’âme humaine

Le succès de l’astrologie réside justement dans sa capacité à nous raconter des histoires sur mesure, à nous tranquilliser en mettant de l’ordre dans les événements de notre vie, à leur attribuer une raison ou un sens pour pouvoir purger les tensions et émotions accumulées, en somme, à trouver notre place dans la relation avec les autres.

Rob Brezsny, l’un des plus célèbres astrologues américains déclarait clairement : « J’écris des lettres d’amour à mes lecteurs ». A l’ère de l’individualisme galopant, de la solitude accablante et du triomphe désenchanté de la raison, l’horoscope de la radio, des pages de journaux ou envoyé dans notre messagerie électronique, semble nous dire invariablement : » Il y a du courrier pour vous tous les jours ».

A travers la géniale médiation des signes zodiacaux, ceux qui écrivent nos horoscopes le savent bien. Ils utilisent le pouvoir de l’écriture pour accomplir un acte d’humanité et d’altérité au sens platonique le plus pur. Au fond, nous ne sommes pas si naïfs pour demander à l’horoscope de prévoir le futur. Il nous suffit d’une mise en perspective exprimée de façon simple et cordiale, à travers une histoire dont nous sommes l’acteur principal.

Quelqu’un, quelque part derrière un ordinateur a pris soin d’écrire le scénario de notre vie et de lui donner un sens. « A la fin, tout ira bien ». Voilà pourquoi on peut lire l’horoscope sans croire à l’astrologie et pourquoi tout le monde peut l’interpréter à sa façon. Elle répond à notre peur de l’avenir, parce que tout simplement, interroger le futur, c’est déjà croire qu’il existe.

femme portant une burka tricolore

Interdiction du voile intégral : cachez cette burqa que je ne saurais voir !

En 2014, la Cour Européenne des Droits de l’Homme validait l’interdiction du voile intégral, burqa ou niqab dans les lieux publics, prononcée 4 ans plus tôt par la France. Retour sur l’histoire de la condamnation d’un vêtement pas tout-à-fait comme les autres. Nous sommes la veille du 14 juillet 2010…

Une loi votée à l’Assemblée nationale dans l’indifférence générale

Comment l’interdiction d’un simple bout de tissu porté, en France, par quelques centaines de femmes sur une population estimée de 4 à 5 millions de musulmans par l’INSEE ou à 15/20 millions par le FN (les statistiques portant sur l’appartenance raciale ou religieuse étant interdites en France depuis Vichy) est-elle sur le point de faire de l’ombre au drapeau français et à notre Constitution, sans qu’apparemment aucune voix ne s’élève dans le pays symbole de la liberté, de l’égalité, de la fraternité… et de la mode ?

On connaissait déjà le délit d’attentat à la pudeur avec lequel flirtent depuis longtemps les mini-jupes racoleuses, les décolletés sur la vallée des anges, les exhibitions de sous-vêtements de marque, les pantalons qui tombent au milieu des fesses…

Va-t-il falloir craindre bientôt le délit d’attentat à la burqa ou au nikab pour les femmes qui revendiqueraient au contraire une pudeur absolue, la dissimulation de leur féminité, le renoncement à la séduction en public, l’affirmation d’appartenance à un homme, une religion ou une coutume ?

Le droit d’afficher sa religion à travers le vêtement serait-il désormais réservé aux bonnes sœurs des congrégations chrétiennes… dans le pays de Rabelais et de la laïcité ?

Interdiction du voile islamique : une idée de réforme de Nicolas Sarkozy

Si l’on en croit les statistiques, 70% de l’électorat serait favorable à une interdiction totale de la burqa. D’où la décision de légiférer sans débat sur l’un des rares sujets capables de fédérer les Français en temps de crise, afin de ne pas attiser les désaccords et les tensions pourtant biens réelles dans l’opinion et dans l’opposition.

  • 22 juin 2009

Nicolas Sarkozy déclare que la burqa « ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la République »… « Le problème de la burqa n’est pas un problème religieux, c’est un problème de liberté, de dignité de la femme. Ce n’est pas un signe religieux, c’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement », déclare-t-il.

  • mai 2010

Le Parlement vote une résolution qui stigmatise le voile intégral en le déclarant « contraire aux valeurs de la République.

  • 7 juillet 2010

La ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, déclare que « la dissimulation du visage sous un voile intégral est contraire à l’ordre public social, qu’elle soit contrainte ou volontaire ».

  • 13 juillet 2010

L’Assemblée nationale vote par 335 voix contre 1 (et 247 abstentions) le texte d’interdiction du voile intégral dans tout l’espace public.

  • septembre 2010

Soumission du projet de loi au vote du Sénat.

  • 2011

Passage devant le Conseil constitutionnel – dernier obstacle à la promulgation de la loi -, qui avait pourtant émis des réserves sur une interdiction totale, jugée « sans fondement juridique incontestable ».

Une entrée en vigueur de la loi prévue après les 6 premiers mois d’application

Deuxième pays après la Belgique à choisir la voix de l’interdiction, la France risque pourtant une condamnation de la Cour européenne des droits de l’Homme selon l’hypothèse de certains juristes et de l’ONG Amnesty International, opposée à cette loi qui prévoit :

  • une amende de 150 euros assortie de cours d’éducation civique pour les femmes qui persistent à porter la burqa ;

  • une peine de 1 an de prison et 30 000 euros d’amende pour ceux qui obligent une femme à porter le voile intégral, avec doublement de la peine si la pression est exercée sur une mineure.

Que cache réellement la burqa : ceinture de chasteté ou ceinture explosive ?

Sous prétexte de défendre les droits de la femme, l’interdiction du voile intégral risque d’écorcher (un peu) les droits de l’Homme… Prix à payer à la liberté pour avoir la paix sociale ou passe de toréador pour esquiver une crise des valeurs plus grave, révélatrice du fossé qui se creuse entre la France et ses banlieues ?

Vouloir stigmatiser une poignée de femmes voilées pour détourner les yeux des vrais problèmes sociaux d’une société française qui peine à surmonter racisme et délit de faciès, vouloir faire plaisir à l’électorat du Front national en défendant la condition féminine et les mini-jupes chères à Brigitte Bardot risque de ne représenter, au final, qu’un coup de canon à blanc pour le 14 Juillet !

La mode de la rue, des créateurs de mode et des artistes pourraient s’emparer rapidement du thème de la burqa et récupérer la puissance transgressive du symbole pour remettre dans le domaine public le port du voile, comme elle l’a fait de la croix chrétienne au cou de Madonna, de la révolution avec le portrait de Che Guevara sur les tee-shirts, ou encore de la cause palestinienne avec le keffieh d’Arafat…

Heureusement, dans le pays des Lumières et du Tartuffe de Molière, les batailles de chiffonniers pour des idées finissent toujours par se transformer en histoire de chiffons plus ou moins tendances sur les bancs du marché ou dans les boutiques de mode branchées. Même si la France décide un jour d’interdire la burqa, au nez de la liberté d’expression…

Attention, fragiles : les hommes en mal d’identité masculine

La société se féminise au point de mettre les hommes en crise. Accrochés à l’ultime bastion du pouvoir, les mâles perdent peu à peu de leur toute-puissance.

Allo, maman bobo ! C’est désormais un fait acquis : les hommes sont fragiles. Et ils n’ont pas attendu la publicité d’Eric Cantona dans le spot Renault Laguna pour l’avouer.

Les femmes ne sont pas innocentes dans ce qui leur arrive, bien au contraire. Le féminisme a ouvert une brèche importante dans la citadelle fortifiée des valeurs masculines traditionnelles : force, pouvoir, courage, audace, paternalisme, raison, responsabilité, protection… Leur toute-puissance est remise en question.

… Et la société de consommation s’est engouffrée dans l’imaginaire collectif pour imposer son lot de valeurs féminines beaucoup plus vendeuses : douceur, fragilité, sensibilité, intuition, beauté, légèreté, séduction, sécurité, praticité…

La fin de l’hégémonie du modèle masculin dans la société

Depuis quarante ans, les hommes ont bien du mal à s’adapter à une révolution sociale qui bouleverse un code de valeurs établi depuis des siècles. Les femmes sont présentes désormais dans tous les secteurs de la société jadis réservés aux mâles : management, armée, police, pompiers, transports, politique… L’arme et la voiture ne sont plus les symboles de la gent masculine dès lors qu’ils sont aussi entre les mains du sexe « faible ». Déjà au lycée, plus d’un baccalauréat sur deux est décroché par une fille.

Ce n’est plus seulement l’homme qui porte le pantalon dans le couple et travaille pour subvenir aux besoins de la famille. La notion même de noyau familial a éclaté pour faire place aux foyers monoparentaux et aux familles recomposées, où l’homme n’est qu’un élément rapporté qui peut vivre avec une femme et les enfants de cette femme, alors que ses propres enfants sont confiés à la garde de son ex-épouse…

Le développement d’un sentiment de confusion et d’impuissance chez les hommes

Les hommes se sentent de plus en plus incompétents dans tous les domaines, prisonniers de modèles et de comportements contradictoires. Le partage des rôles dans l’éducation des enfants et les tâches ménagères, la communication émotive avec le partenaire, réclament de leur part une évaluation moins quantitative de leur virilité, jugée jusque-là sur l’épaisseur des muscles, la taille du pénis et la durée des prestations sexuelles !

Pas étonnant si, face aux situations de crise dans le couple, ils répondent de plus en plus par l’indécision, la demande de protection, la fuite, l’évitement ou l’agressivité. Le sentiment confusionnel masculin entre en conflit avec le désir féminin lui-même souvent contradictoire, tant il est difficile de savoir ce qui rassure une femme chez un homme et vice-versa :

  • Les femmes veulent la domination des hommes, mais pas leur reddition.

  • Les hommes sont devenus passifs et les femmes actives.

  • Les femmes s’opposent aux hommes en permanence, mais n’acceptent pas leur soumission.

  • Les hommes montrent les muscles, mais ne mordent pas.

  • Les femmes veulent faire l’amour, mais « défaire » le sexe.

  • Les hommes donnent la vie, mais ne la reçoivent pas.

  • Les femmes entretiennent une confusion entre sexe et amour, sexe et projet.

  • Les hommes ne savent pas élever les enfants, et de moins en moins savent les faire.

Le macho, une espèce condamnée à évoluer ou à disparaître

Jusqu’à la fertilité de l’homme qui est aujourd’hui sérieusement menacée ! En quarante ans, des études montrent que le nombre de ses spermatozoïdes a diminué de 50 %, la longueur de son sexe a chuté de 10 % et le taux d’infertilité des couples a fait un bond en avant de 15 à 20 %.

Les centres de fécondation artificielle, les banques du sperme, les dons d’ovocytes et les mères porteuses sont apparus pour pallier sa fonction de reproduction défaillante. Mais est-ce la remise en question de sa virilité ou de ses valeurs qui le taraude au point de le rendre stérile ? « En temps de paix, le guerrier entre en guerre avec lui-même », écrivait Nietzsche… En vérité, les hommes sont désorientés par les différents rôles qu’ils sont amenés à jouer simultanément : enfant, mari, père, amant, ex…

Longtemps astreintes aux secondes places, les femmes, elles, sont passées maîtresses depuis des lustres dans l’art de mener de front une vie familiale, professionnelle et sentimentale, ainsi que dans l’exercice des contre-pouvoirs. Si elles n’occupent qu’un quart des carrières scientifiques, on les retrouve dans plus de deux tiers des fonctions sociales. Et ce sont elles qui, dans plus de 70 % des cas, se voient confier la garde des enfants en cas de séparation du couple.

Par-delà la différence biologique entre les deux sexes, il reste à organiser une nouvelle parité et une gestion du pouvoir réciproque qui se heurte encore au monopole des postes-clés par les hommes : en 2008-2009, les femmes admises à l’ENA n’étaient que 38,7 % alors qu’elles représentaient 55,9 % des étudiants. Mais ce n’est que partie remise. L’épilation, les crèmes de beauté et la chirurgie esthétique ne font-elles pas partie désormais de la panoplie de l’homme moderne ?