Dieu s'enfuit avec une Kalachnikov en bandoulière

Laïcité : l’anniversaire oublié de la Loi de 1905

La laïcité, à ne pas confondre avec laïcisme, est l’affirmation du cadre laïque de la République. Ce premier sens fondateur s’est diffusé en réaction au pouvoir de l’Église sur les institutions publiques, comme l’école. À part quelques intégristes réactionnaires ou chasseurs de votes opportunistes, il ne viendrait à l’esprit de personne de remettre en question l’un des piliers de notre République.

Laïcité comme LIBERTÉ de cultes et de cultures

Pourtant, aujourd’hui 9 décembre 2015, 110 ans jour pour jour après la loi sur la séparation de l’Église et de l’État de 1905, le sens du mot laïcité qui semble le plus controversé depuis les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan, c’est celui de respect de la liberté des cultes. Bien plus encore que la liberté de ne pas croire en dieu, le droit de ne pratiquer aucune religion et de se revendiquer athée, bref, de se moquer de « Dieu, du Diable et de la Sainte Table. »

Cette définition de la laïcité qui touche directement à notre liberté d’expression a besoin d’être clarifiée et mise à jour, en tenant compte des transformations de la société française depuis la décolonisation. Si le caractère laïc de notre République sort renforcé des attentats perpétrés au nom d’un dieu soi-disant unique, c’est le second sens de la laïcité qui lui, est mis en discussion. Non le principe, mais son application dans les faits.

Les français non catholiques sont considérés comme des minorités religieuses, reléguées à un communautarisme forcé, sans possibilité d’expression objective de leurs différences et de prise en compte de leur culture. Aucune place sérieuse ne leur est faite dans la société. L’ignorer serait régresser, pour un gouvernement socialiste qui n’a pas hésité à s’engager, dès l’élection de François Hollande, dans la voie de la désacralisation en instaurant le mariage pour tous. L’identité française héritée de « nos ancêtres les gaulois »… gaulois de Gaulle mais aussi d’Algérie, d’Afrique, d’Asie, d’Amérique… serait-elle imperméable à l’histoire ?

Laïcité comme ÉGALITÉ des femmes

C’est le décalage entre ce que dit la loi sur la laïcité et son interprétation dans la réalité depuis plusieurs générations qui pose problème aujourd’hui dans notre pays. Pourtant, curieusement, le cheval de bataille de l’État pour vaincre les communautarismes n’est pas l’égalité dans la liberté des cultes, sujet trop sensible dans le pays tenaillé entre ses deux Charles, Martel arrêtant les arabes à Poitiers en 732, et De Gaulle « donnant » l’Indépendance à l’Algérie en 1962.

Jusqu’à l’ascension de Daech, c’est sur la femme musulmane que reposaient tous les espoirs des socialistes, héritiers de la transformation laïque de la société, fécondée lors de la Révolution Française, violentée lors de la Commune de Paris en 1871 et arrivée douloureusement à terme en 1905 avec les lois de la laïcité. La Femme avec un grand F comme Française.

femme portant une burka tricolore

Loi sur la burka

L’égalité des deux sexes pour museler les musulmans et les plier à l’intégration. C’est ce que pensait Daniel Vaillant, Député de Paris et maire du 18ème -la mairie emblématique de Clémenceau- jusqu’en 2014, et qui rêvait de faire sauter le Sacré-Cœur pour marquer le centenaire de la laïcité en 2005 !

Mais la stigmatisation de toute une partie de la population depuis trois générations, le racisme rampant attisé par le FN et la loi contre le port du voile ont fait voler en éclat la stratégie de pénétration laïque de la communauté musulmane. Heureusement, celle-ci n’a pas attendu qu’on se pose le problème de son intégration pour faire sa place et transformer la société française en profondeur, au risque de chatouiller les racines de certains.

Laïcité comme FRATERNITÉ chrétienne

Dans notre pays qui a pour devise Liberté et Égalité mais aussi Fraternité, la République ne reconnaît aucun culte pour n’en favoriser aucun. En principe, ils ne peuvent pas recevoir de subventions publiques et doivent faire appel à des financements privés. En réalité, les cultes profitent également d’aides indirectes de la collectivité. L’Église catholique se trouve en position avantageuse. Rappelons que les églises sont devenues propriétés de l’État à la Révolution et qu’elles sont prêtées gracieusement à l’Église, constituée en associations. D’où la proposition de partager équitablement le patrimoine religieux, faite en juillet dernier par le Recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui n’a pas manqué de faire grincer les dents. Une solution qui éviterait d’avoir des mosquées dans des caves de banlieues, des temples bouddhistes dans les cuisines de HLM et des églises vides partout en France ?

Après tout, on peut imaginer une Église moderne, ouverte et œcuménique, qui, consciente de son rôle de fraternisation partagerait ses lieux de cultes avec d’autres religions. Tous les dieux sous le même toit en quelque sorte ! Théoriquement, la République est libre à tout moment de décréter l’état d’urgence laïc et de reprendre ses églises pour les transformer en lieux de pratiques multi-religieuses. A moins qu’il ne soit plus approprié de créer des sortes de MJC & R, « Maisons de Jésus-Christ et des Religions » ouvertes à tous…

De même qu’il est important d’avoir une histoire laïque et objective des religions à l’école, puisqu’en France, il ne peut y avoir de vérité supérieure à celle de la République. Remplacer les mythes par l’histoire et les cultes par la culture permet de porter sur sa propre religion et sur celle de l’autre un regard critique. Une double lecture de la colonisation de l’Algérie par exemple, décolonisation pour les uns, indépendance pour les autres, forcerait à l’acceptation commune de vivre ensemble. Sans éducation à la tolérance, le mot fraternité apparaît aussi « angélique » que vouloir pacifier les couplets de la Marseillaise pour en faire un chant de paix !

Il est urgent de rappeler aux iconoclastes de Charlie hebdo qu’en provoquant la colère des intégristes musulmans, ils n’ont fait que favoriser la guerre et les ventes d’armes de la France au Moyen-Orient, à leur corps défendant. Et aux intégristes de Daech que croire ou ne pas croire en tel ou tel dieu, c’est un autre débat au pays des Lumières. Que depuis 110 ans, la France ne reconnait aucune religion et ne doit en favoriser aucune. Que si la République existe, tout n’est pas permis… y compris à l’État qui, en se faisant le défenseur absolu de toute liberté d’expression (même la plus contestable) au nom des victimes, sait pertinemment qu’il condamne la communauté musulmane à l’amalgame et franchit la limite de neutralité due à son rôle de gardien laïc de la société . Comment ne pas voir une occasion désespérée de récupérer des votes du Front National, en demandant aux français de pavoiser avec des drapeaux tricolores aux fenêtres ?

Un facho défile au pas de l'oie en brandissant le bonnet phrygien

Couverture du livre de Patrick Kessel « Ils ont volé la Laïcité !

Nous n’en serions peut-être pas là si François Hollande avait placé le début de son mandat sous le signe de la laïcité, plutôt que du mariage pour tous. Rappeler que la laïcité nous concerne tous et qu’elle n’est pas négociable. C’est le travail de l’école et des institutions mais aussi des prêtres et des imams. Avant même de savoir à quelle version d’Évangile, à quelle interprétation du Coran ou à quel saint se vouer. Après tout, cela ne regarde que nous… et les services du Renseignement !

Photo : couverture du numéro anniversaire de Charlie-Hebdo 1 an après l’attaque du journal par des terroristes intégristes


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